64ème salon de Montrouge, 2019

Opposer des contre-dispositifs aux dispositifs, se réapproprier les moyens de production pour créer des sortes de zones d’autonomie temporaire : voici les principaux axes de travail de François Dufeil, donnant lieu à des installations, des maquettes, mais aussi à des sculptures-outils fonctionnant en circuit ouvert, disponibles pour de nouveaux agencements et usages. Nul hasard si, avant d’intégrer les Beaux-arts d’Angers, l’artiste a commencé son parcours chez les Compagnons du Devoir du Tour de France, un apprentissage dont il a conservé l’ambition de faire communauté dans une logique de collaboration et de partage des savoirs.
C’est au sein du collectif Wonder/Liebert, dont il est l’un des membres fondateurs, actuellement situé dans une ancienne entreprise de Bagnolet et régulièrement menacé d’expulsion pour cause de réaménagement urbain, que François Dufeil conçoit ses pièces depuis plusieurs années. Prenant la forme d’un système de défense Vauban, la structure en acier ornée de cyprès intitulée Fièvre obsidoniale (2017) semble directement répondre à cette situation, celle d’un urbanisme qui, sous couvert d’amélioration des conditions d’existence, est en réalité conçu, consciemment ou non, comme dispositif de régulation et de normalisation des comportements. Participant de cette logique de réappropriation, Fonderie somnolente (2017), Boudineuse et Pilon à vapeur (2018) sont des sculptures-outils respectivement destinées à fondre, extruder et pulvériser de la matière. Fabriquées à partir d’éléments de récupération, elles peuvent à leur tour engendrer de nouvelles pièces, comme par exemple une monnaie d’urgence (Mise en circulation, 2016), mais aussi servir à d’autres artistes librement invités à en faire usage. Inscrites dans des chaînes de production et de coopération constamment renouvelées, les œuvres de François Dufeil génèrent ainsi leur propre écosystème, toujours perméable au dehors.

Sarah Ihler-Meyer

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64ème salon de Montrouge, 2019

Émission Bulle d'Art du 13 mai 2019 : [n°40] La BIG Bulle d'Art n°5 : spécial Salon de Montrouge

Écoutez l'émission [Podcast]

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Cloches sous pression, résidence La Fabrique #1, Parc Saint Léger, 2019

Cloches sous pression est un instrument de percussion à eau réalisé par François Dufeil durant la résidence La Fabrique #1 au Parc Saint Léger. L’oeuvre est conçue spécialement pour le musicien Charles Dubois qui l’essaie au Pavillon des sources du 1 au 4 juillet 2019. Elle est composée de 7 éléments produits à partir de bonbonnes de gaz ou d’extincteurs, parfois entières ou découpées afin d’en modifier la sonorité et le ton. L’instrument est alimenté en eau durant son utilisation et les instruments sont reliés et articulés par un ensemble de canalisations et de vannes permettant au musicien d’amplifier ou de diminuer le débit sur l’un ou l’autre des éléments.
En écho à plusieurs travaux précédents de François Dufeil, Cloches sous pression utilise comme matériau principal la bonbonne, un objet qui transporte avec lui les stigmates du terrorisme et de la dangerosité. Si l’artiste se réfère a la menace inhérente aux substances explosives, il fait également référence dans cette réalisation aux notions de DIY et du recyclage propre à son univers visuel. Ainsi, pouvons nous retrouver dans ses formes l’esthétique de La Fonderie somnolente  (2017), véritable forge installée sous le parking du Wonder/Liebert à Bagnolet, lieu qu’il a contribué à créer entre 2016 et 2018. Également, Le Pilon à vapeur  (2018) ou Boudineuse  (2017) forment avec La Fonderie un ensemble en permanente évolution que l’artiste désigne sous le nom de sculpture-outil. Il s’agit alors de donner un autre mode d’existence aux objets techniques et de paraphraser ainsi Gilbert Simondon entre objet technique et primitif qui se fait à son tour technique et esthétique. Cet attrait pour l’outil dans le travail de François Dufeil, qu’il soit instrument de musique ou sculpture permettant de frapper monnaie, se cristallise dans le rapport qu’il entretient avec le spectateur et l’action, c’est à dire le mouvement, qu’il l’invite à réaliser au contact de ses oeuvres. Il nous demande de toucher et d’agir, de soulever et de contraindre pour observer le fonctionnement mais aussi pour nous rendre curieux de sa composition. 
Cloches sous pression fonctionne ici selon le même rapport de cristallisation d’un lien social utilisant en l’occurence deux lieux particuliers de la collectivité. Il s’agit premièrement des sources du Parc Saint Léger qui ont construit la ville par leur seules existences. Instrument directement placé sous le signe du flux et du fluide, l’oeuvre s’active par la fontaine et son raccordement. Le second lieu « commun » de l’oeuvre se trouve dans les cloches et leur résonance pour lesquelles l’artiste se réfère à l’ouvrage d’Alain Corbin, Les Cloches de la Terre, et de désigner ainsi les multiples sons du tocsin entre l’accéléré qui désignait un incendie et les vingt coups lent qui, en Moselle, informaient les habitants d’un feu de cheminé. Les cloches sont aussi le lieu d’un espace sonore commun qui aujourd’hui disparait comme de nombreux espace « conviviaux » de l’oreille. Par l’environnement ici reproduit entre son tintement et le ruissellement de l’eau François Dufeil nous invite à un voyage entre terre et ciel.

Léo Guy-Denarcy